Histoire et symbolique
Qu'est ce que le symbole et la symbolique?
Faire symbole signifie étymologiquement rapprocher deux morceaux d’une tablette cassée, rassembler ce qui est épars, reformer l’unité.
Faire symbole, c’est donc tenter de s’approcher de l’unité.
La symbolique est une démarche unificatrice qui permet de dialoguer par delà les vocabulaires spécifiques de telle ou telle tradition, de tel ou tel peuple, en faisant appel à l’image et bien plus encore à l’émotion et à l’intuition que crée cette image, bientôt relayée par une approche analogique propre à chaque individu.
Le langage du symbole est donc secret car il constitue une démarche initiatique et, comme telle, a un caractère sacré et intime.
Le symbole bâtit des ponts vers d’autres regards dans l’inconscient collectif où siègent ces dynamismes instinctifs. Il manifeste une part de l’indicible qui est en nous. Il fonctionne comme un catalyseur, un éveilleur du regard.
Tout le secret se trouve donc, comme toujours, dans la façon dont l’individu utilise le symbole. S’il transforme l’image qui lui est envoyée pour l’intégrer et la digérer, il s’approprie le symbole et crée son propre vocabulaire, son propre album de valeurs et d’émotions. C’est un outil qui a besoin de l’homme pour le faire vivre, tout comme le maillet et le ciseau du tailleur de pierre. Il est toujours en devenir en fonction de la façon dont l’homme le mettra en œuvre.
Le symbole, en étant outil de réconciliation entre les hommes, est d’abord - et avant tout - outil de réconciliation avec soi-même parce que, par l’intégration d’un archétype, il permet l’équilibrage des contraires. Pour reprendre les termes de Jung, le symbole permet la reconnaissance et la réconciliation de nos énergies archétypales conflictuelles. Il est situé juste sur le fil du rasoir de nos contradictions. Il n’est qu’un vecteur par lequel l’homme s’individualise, se situe dans un ensemble plus vaste, un cosmos ordonné où chaque chose prend sens. Le symbole est alors le médiateur entre l’homme et le cosmos, le ciel et la terre, l’animus et l’anima, le un et le multiple.
Le symbole est alors le premier pas pour entrer dans l’espace sacré intemporel et infini. C’est ce que nous montre Mircea Eliade dans Le sacré et le profane. à travers les rites de re-création du monde des sociétés archaïques. Celui ou celle qui vit le rite d'initiation pour passer de l'enfance à l'âge adulte s'approprie des symboles comme la grotte, la hutte, l'arbre, l'errance et le voyage, le fer et le feu, à moins qu'il ou elle n'en soit la victime, selon le regard que porte telle ou telle civilisation.
Le symbole est donc un outil de sagesse, un outil initiatique au sens plein du terme car il permet d’avancer sur une voie de vérité qui se dévoile pas à pas, progressivement, en laissant ouverts les autres champs de recherche.
En fait la symbolique est une démarche de vie.
Elle consiste à savoir regarder et écouter pour percevoir – « voir à travers » au sens étymologique - les signes et les gestes, entendre les mots. Elle consiste à chercher le sens, le pourquoi de l’image à tel moment de l’Histoire collective ou de notre histoire personnelle, à un endroit précisément.
C’est pourquoi, au delà des nombreux codes qui nous sont proposés quotidiennement et dont certains tentent de nous manipuler, perdurent bien peu de symboles purs. A y regarder de plus près, on s’aperçoit que ceux-ci trouvent leur place dans la nature parce que la nature, dans sa vérité nue, EST simplement chaque jour ici et maintenant, à l’instant présent. La nature EST la Vie. Et le soleil, la lune, l’étoile, l’arbre, les éléments, les directions cardinales, les saisons, manifestent ce qu’il y a de plus simple et laissent la porte ouverte à tous les possibles tout en préservant un ordre immuable et sous-jacent, un ordre cosmique qui interpelle toujours la projection de cet ordre au plus intime de nous-mêmes. Sans doute est-ce la raison pour laquelle tant de symboles font référence aux animaux, végétaux et autres minéraux. Or le symbole est à l’image de la vie. Le sens qu’on lui donne se renouvelle constamment en fonction de l’instant T, de l’instant T - 1 et de l’instant T +1.
La symbolique est une démarche d’évolution, le symbolisme est son vocabulaire fixe et mouvant à la fois et le symbole un outil qui s’adresse à l’émotion et à l’intuition mais qui ne peut être vivifié que par l’homme.
Les rapports entre Histoire et symbole
Le symbole est donc le langage privilégié pour transmettre des messages, y compris par voie subliminale. C'est ainis qu'il devient outil de manipulation de l’inconscient. Ce dont la publicité ou les slogans politiques ne se privent pas. Nous savons trop comment des acteurs de l'Histoire ont instrumentalisé certains symboles, au point que certains mots, certains slogans, certaines couleurs, certaines figures, immédiatement associés dans l’inconscient collectif à leur actipon, ne peuvent plus être prononcés ni utilisés sans que naisse le soupçon.
De plus, à trop comparer le sens de certains symboles de religion en religion, de territoires en territoires, le symbole peut être paré de toutes les significations et de leur contraire. Attention à ne pas tout mélanger, à repérer l’évolution dans le temps du symbole en fonction de l’environnement historique, social et politique, à le cerner sans le diluer.
Une réflexion approfondie dans une démarche objective et critique pourrait être menée à partir de cette constatation sur l'usage des symboles dans l'histoire.
En voici quelques exemples, déclinables à l'infini.
Ainsi d'un dessin comme le svatiska, à l'origine symbole indien bénéfique de la déesse hindoue Kali ou grec signifiant la voie lactée. Le svatiska dextrogyre est un symbole bouddhique que l'on rencontre sur les statues des bodhisattva ou comme emblème d'une association humanitaire chinoise, le svatiska rouge. La mémoire collective occidentale ne peut s'empêcher pourtant d'associer cette figure au svatiska lévogyre noir, la "croix gammée" emblème du nazisme.

Svatiska médiévale (en couverture du livre de Marc Bloch, La société féodale, Albin michel,1970, sans source), emblème nazi, membre de l'association chinoise "le svatiska rouge"
Ainsi encore d'un vêtement, le bonnet phrygien.
Symbole d'origine orientale, il était porté par les rois mages sur certaines fresques paléochrétiennes ou par les prisonniers perses sur les bas-reliefs de l'Arc de Galère. C'est un parent du "pileus" coiffé par les esclaves affranchis dans l'empire romain, ce qui explique sa destinée dans l'Histoire.Mais il est aussi un élément du costume traditionnel des pêcheurs niçois!

Il devient donc le symbole de la liberté lors la guerre d'indépendance américaine (toujours présent sur le drapeau de l'Etat de New York) comme lors de la Révolution française dès l'été 1790. Depuis cette période, il coiffe Marianne, la figure allégorique de la République française.

Ainsi encore d'un animal, le coq.
Le coq veille pour être le premier à annoncer le lever du soleil. Associé dans l'antiquité à Zeus/Jupiter ou à Esculape, il fut repris par l'église catholique qui le percha sur ses clochers, dès le IXe siècle à Brescia, récupéré par Louis XIV lorsqu'il créa avec Lebrun un "ordre français" qui alliait la fleur de lys et le coq, et par la République française qui en fit un de ses symboles à partir d'un jeu de mot sur "gallus" (coq en latin rappelant la gaule).
Ainsi, tout comme pour la couleur rouge le plus souvent associée dans l'histoire contemporaine au communisme, tout comme les mots et leur champ sémantique, tout comme les musiques, les signes concrets et tangibles parlent à l'inconscient.
Etudier l'histoire de leur évolution et du sens que d'aucun choisit de leur donner à un moment M est passionnant tout en éveillant notre esprit critique aux risques éventuels de manipulation et d'instrumentalisation dont nous pouvons être l'objet.
Copyrignt Laurence Fritsch-Ory, 2007
Sources:
svatiska rouge :http://homepage3.nifty.com/kadzuwo/history/number-dead.htm)
Coq de Larresingle dans le Gers: photo Jean Noel Lafargue
Attis coiffé du bonnet phrygien au IIe siècle après JC. Cabinet des médailles de la iIbliothèque nationale de France.
Louis XVI coiffé du bonnet phrygien: Wikipédia, photo montage à partir d'une gravure d'époque