Itinéraire des plantes magiques
(circuit de trois jours)
Le pourpier et le céleri de Sylvacane
Dans la vallée de la Durance, non loin des marais désormais asséchés, se dresse à 28 kms au nord d’Aix en Provence la superbe abbaye de Silvacane construite en 1144. Son nom vient du lieu qui l’abrite : « Silva cannarum », la forêt de roseaux. En « baladant » depuis l’abbaye sur les berges du canal de Marseille et dans les collines de la Chaîne des Côtes sur la piste dite du « chemin de croix » à partir du cimetière de La Roque d’Anthéron, on peut cueillir celle que les jardiniers considèrent comme une mauvaise herbe mais qui est connue depuis les Assyriens comme une exceptionnelle protection contre les maladies cardio-vasculaires et l’artériosclérose : le pourpier.

Elle ressemble à une plante grasse rampante aux tiges charnues et épaisses aux feuilles légèrement huileuses. Le professeur Renaud, cité par Jacques Bonnadier, ne dit-il pas « Mangez donc de l’huile d’olive, des noix et du pourpier ! ». Pour cela il suffit d’en faire des salades ou de la servir comme des épinards. De même du céleri dont la liqueur est réputée pour ses qualités digestives.
Par l’autoroute du soleil, on remonte jusqu’à la sortie d’Avignon sud pour rejoindre Graveson par la N 570 qui redescend vers le sud (direction Arles). Ce village fera un bon gîte d’étape, et pour cause.
On s’arrêtera d’abord au :
Musée des Arômes et du parfum (sur la route de Saint Rémy de Provence D571 indiqué par des panneaux), qui propose à lui seul une promenade magique dans l’histoire de l’aromathérapie et de ses spécificités provençales et tous les lundi après-midi de l’été de juin à septembre une distillation d’huile essentielle de lavande (particulièrement appréciée pour combattre les grandes maladies comme la peste et les maladies nerveuses !)
Puis, on redescendra vers Saint Rémy pour prendre sur la gauche la direction de Plan d’Orgon par la D 99. On tournera à droite dans le chemin départemental 74 très pittoresque où l’on trouvera à l’entrée d’Eygalières, au Mas de la Brune (accès par un petit chemin sur la gauche qu’il faut repérer car le panneau indicateur est d’une discrétion toute … ésotérique !) qui propose la visite du « jardin de l’alchimiste » dont le propos est de reprendre dans sa composition, ses formes et ses couleurs, le concept du parcours initiatique suivi par les alchimistes dans leur recherche de la pierre philosophale. Auprès de la niche abritant une sirène poisson tenant un luth à l’angle du bâtiment, superbe demeure hôtel du XVIe siècle, est gravée cette inscription qui est déjà tout un programme à elle seule : « Mortel vivant pense et croit que ta fin sera enfer ou paradis sans fin… »
Œuvre des architectes paysagers, Arnaud Mauières et Eric Ossart, le jardin offre d’abord la possibilité de découvrir les herbes magiques dans le jardin botanique (en particulier ici l’aubépine, le basilic et le laurier) .

Le jardin de l'alchimiste permet de passer de l'oeuvre au blanc à l'oeuvre au rouge
Puis en pélerin à la recherche du Graal, le visiteur traverse à son rythme les trois espaces correspondant aux trois œuvres fondamentales nécessaires à la transmutation du plomb en or : l’œuvre au noir, l’œuvre au blanc et l’œuvre au rouge. Le visiteur ressort du labyrinthe en initié après avoir franchi les cinq dalles de schiste noir incrustées de plomb symbolisant les portes qu’il doit franchir pour accéder aux mystères… ce qui lui est permis de mai à octobre seulement et pour une somme modique.
Thym et romarin, marjolaine et origan des Alpilles (à partir d’octobre jusqu’en mai)
De Graveson, prendre la direction de Boulbon. Monter aux ruines superbement romantiques du château pour redescendre dans le lit à sec du torrent Saint-Michel. On fera une superbe promenade à pied jusqu’à l’abbaye Saint-Michel de Frigolet par le chemin de San Salvador et le replat des Rochers de Raous. Une superbe balade permet d’aller ensuite à l’oratoire Sainte Marthe si l’on se munit d’une carte IGN suffisamment précise. Les collines qui entourent l’abbaye sont recouvertes de ce thym qui embaume et dont le nom provençal la farigoulo en provençal a donné son nom à l’abbaye. Du reste, les bons moines continuent de fabriquer une excellente mixture de plantes dans la plus pure tradition de l’élixir du révérend père Gaucher cher à Alphonse Daudet.
Le thym aime sans doute à nourrir les collines arides de Provence parce que la légende dit qu’il est né des larmes de la belle Hélène. Si les Grecs le brûlaient au pied des autels comme de l’encens et les Egyptiens s’en servaient pour embaumer les momies, les Provençaux quant à eux, en placent quelques branches disposées en croix avec du romarin ( par une jeune vierge cela va de soi puisque le diable se déguisait toujours en jeune homme !) au dessus des portes au moment de la Saint Jean pour éloigner les mauvais esprits et rompre les charmes jetés par de méchantes sorcières.
De façon plus prosaïque, il est un excellent stimulant pour l’estomac. Diurétique, tonique, vermifuge, dépuratif, antirhumatismal et antimicrobien, c’est en infusion ou en décoction sur une plaie, mâché durant une balade ou effrité sur une viande grillée une panacée universelle pour Hildegarde de Bingen.
Dit « thym des bergers », « thé rouge » ou encore « marjolaine sauvage », l’origan se rencontre plutôt à la lisière des bois et sur les talus. Anti spasmodique et antitussif, doté du pouvoir de guérir des céphalées, il reste un remède sûr pour guérir les maux d’estomac.
Le romarin n’est pas en reste qui porte le doux nom de « Romarin des troubadours » ou d’encensier. Cette herbe vivace a fait le bonheur des « cours d’amour » au Moyen âge qui le faisait entrer dans la composition des philtres d’amour. Bien plus, elle était réputée pour rendre la jeunesse : l’eau de romarin était une eau de jouvence réputée ! Elle avait rajeuni la reine Isabelle de Hongrie. Il est vrai qu’elle fut créée par Pluton, souverain souterrain lors d’une nuit sans lune afin d’en faire le sorcier des misères et l’exorciseur des souffrances.
Le chardon magique de la Crau
En redescendant vers les Baux de Provence puis Maussane les Alpilles, Mouriès pour rejoindre à Saint Martin de Crau l’autoroute qui mène à Marseille par Salon, on trouvera parfois même sur le bord de la route la fameuse Carlina acaulis , plus connue sous le nom de Chardon magique. Chardon herbacé ressemblant à un soleil de par ses feuilles dentelées rayonnantes, il est symbole de longévité.

Parce qu’il protège contre tous les maléfices, il n’est pas rare d’en voir des bouquets cloués aux portes des bergeries de la Crau et au seuil des maisons. Garant des « feux follets », c’est un tonique amer quand il est dit « béni » ou fébrifuge quand il est « étoilé » ou encore diurétique quand il s’appelle « chardon-Roland ». Le plus prisé des sorciers provençaux s’appelle chardon à foulon et ressemble à une cotte de maille de croisé. C’est un casso-diable , plus redoutable encore quand sa hampe est trifide. A garder précieusement et à jamais pour se préserver de toutes les ruses du démon !
La magie de l'asphodèle des Calanques (de février à avril)
A Marseille, le « pèlerin des asphodèles » rejoindra la corniche qu’il suivra jusqu’à l’extrémité de la route jusqu’à Callelongue où l’on peut garer la voiture. On empruntera l’avenue des Pébrons puis le tracé jaune qui suit le vallon Saint Michel jusqu’à l’escalier des géants. Un tracé rouge prend le relais très peu de temps jusqu’au moment où l’on prend le tracé vert qui mène au col des Chèvres. C’est à cet endroit qu’un tracé bleu permet de grimper par une longue traversée du versant sud jusqu’au sommet à 432 mètres où se situe un abri.Un randonneur inexpérimenté bien équipé peut parcourir ce périple en trois bonnes heures aller et retour s’il ne veut pas poursuivre son chemin plus avant jusqu’au ravin de la Font de Brès pour revenir aux Goudes par le col de la Lèbre et l’ancien sentier des douaniers. Attention la balade complète qui prend près de cinq heures exige une expérience solide de la randonnée et un bon équipement.
L’asphodèle porte -erise, traduction littérale de son nom savant Asphodelus Cerasifer , que l’on rencontre sur le versant ensoleillé du sommet de Marseilleveyre face à la mer permet par sa richesse en amidon de faire du pain, aliment complet élémentaire. La majesté de sa grande hampe florale chargée d’une grappe de fleurs blanches étoilées en fait le « bâton royal » qu’il faut mériter.
La sarriette et le genévrier des collines de Pagnol à Allauch
On reviendra par la Corniche, le vieux port, on remontera la Canebière en suivant toujours tout droit le boulevard de la Libération, le boulevard de la Blancarde, qui se poursuit après la traversée de Sakakini, puis la rue du 24 avril 1915 qui mène aux Trois Lucs en nous faisant passer devant la propriété des Fernandel ; « Les mille roses » puis tout droit on montera jusqu’au vieux village d’Allauch en suivant les panneaux indicateurs. On montera jusqu’en haut du village par les lacets qui mènent au cimetière puis au delà du centre équestre on se garera sur le bas côté pour poursuivre sa route à pied dans les contreforts des collines chères à Marcel Pagnol. On peut encore aller jusqu’au village de La Treille et commencer une grande balade à partir du chemin qui monte dans la colline ou choisir une visite avec un guide organisée par l’office du tourisme d’Aubagne qui fait découvrir toutes les plantes des collines.

Là c’est un florilège d’essences et de couleurs. Nous retiendrons pour notre part la fameuse sarriette bien plus connue sous le nom de pebre d’aï ou « poivre d’âne » parce que ces animaux en sont très friands. Ces collines comme la Montagnette en sont « cafies » comme on dit ici. A proscrire pour toute femme enceinte qui risquerait une fausse couche, le pebre d’aï est en revanche un aphrodisiaque de toute première qualité. Evidemment, il est consacré aux satyres ! Antiseptique, expectorante et digestive comme le serpolet, on saupoudrera les fromages de chèvres de Provence et la brousse du Rove de cette herbe magique avec bonheur pour le plus fin plaisir de votre palais… et de vos partenaires !
Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, vous mettrez sous l’oreiller de grand-mère quelques grains de genièvre pour la préserver du gâtisme ! Riche en sucre, junipérine et camphre, cette plante permet de lutter efficacement contre les maladies urinaires (cystite, calculs) mais consommée avec modération !, contre la fatigue, la fièvre, les douleurs rhumatismales chroniques (en cataplasmes) et… pour revigorer l’appétit. Vous la trouverez « en montant jusqu’au plan de l’Aigle » ; les genièvres se trouvent « au bord de la barre au dessus de la Baume de Plantier » (Marcel Pagnol)
Le fenouil et le millepertuis de Trets
Ainsi munis vous pourrez vous rendre à Trets, dont la route est indiquée à partir du bas du village d’Allauch, pour à la sortie du village sur la route de Grand Boise ou sur la route de Puyloubier, en baladant non loin de la route, cueillir début septembre le fenouil à faire sécher pour agrémenter le loup grillé ( le poisson bien sûr !) et en faire un gros bouquet que l’on conservera dans la cheminée pour éloigner les maléfices de tous poils. Si vous avez la chance de pouvoir le cueillir le 29 septembre à potron-minet, on croit à Marseille que cette plante magique conservée à l’abri chez vous toute l’année vous guérira des coliques. Mais le fenouil possède mille autres propriétés positives qu’il partage d’ailleurs avec le millepertuis fréquent dans la plaine de l’Huveaune. En effet, cette herbe de la Saint Jean, autant dire cette herbe sacrée, clairement nommé par les occultistes fuga doemonurum s’il chasse les démons du fait de son odeur, est également antiseptique, astringent, cholagogue et stimulant. Voilà qui peut aider !
La sauge de la Sainte Victoire
Enfin, notre balade s’arrêtera en haut de la colline de Sainte Victoire. On rejoindra Aix puis Le Tholonet puis face au château la D17 jusqu’au parking dit des « Deux Aiguilles » après Saint Antonin. Là par le sentier des corniches Sud, on commencera l’ascension de la colline jusqu’à la crête ventée où domine l’un des plus anciens ermitages de Provence.

A tout seigneur, tout honneur, si l’on peut dire. Nous terminons cet itinéraire magique par une célébration de « l’herbe de la Vierge ». « Qui de la sauge ne prend, de la sainte Vierge ne se souvient point » dit-on en Provence. N’ouvrant ses fleurs violettes timidement que de mai à juillet, elle n’accepte pas souvent le regard humain. N’est-ce pas pour cela qu’on l’appelle également « l’œil du Prince ». Si en Inde le guérisseur Gurudas conseille d’en utiliser l’essence lors d’un jeûne pour aider la purification des méridiens du corps, en Provence on sait bien que « qui a de la sauge dans son jardin, n’a pas besoin de médecin ! » Et pour cause, cette plante de sagesse est une panacée. Elle soignerait dit-on les fièvres et chasserait les toxines, drainerait le foie, calmerait les douleurs et tonifierait toutes les fonctions. Pourquoi s’en priver, … que diable ?
Laurence Fritsch-Ory
Crédits photographiques: Les dessins sont extraits des deux ouvrages de
Georges Becker aux éditions Gründ,
Plantes toxiques (édition 1988) et
Plantes aromatiques et culinaires (éditions 1987)
La photo du jardin de l'alchimiste est extraite du site du "jardin de l'alchimiste": jardinalchimiste.com