Marseille, chemin de Lumière
(itinéraire à compléter)
“ Allez à Marseille. Marseille vous répondra. Cette ville est une leçon.
L’indifférence coupable des contemporains ne la désarme pas. Attentive, elle écoute la voix du vaste monde
et, forte de son expérience, elle engage, en notre nom, la conversation avec la terre entière.
Un oriflamme claquant au vent sur l’infini de l’horizon, voilà Marseille. ”
Albert Londres
Il faut apprendre à aimer Marseille pour qu’elle vous donne un peu d’elle-même. Contrairement à sa réputation, Marseille est pudique et ne se dévoile qu’à couvert. Laissez moi pourtant vous guider dans le chemin de lumière que j’y ai découvert.
Une histoire d’amour humain, une histoire d’amour divin.
Il y a 2600 ans de cela, Marseille est née de deux histoires d’amour ; un amour humain, un amour divin. Gyptis et Protis furent les humains, Marie-Madeleine et Lazare furent les intercesseurs divins qui y laissèrent leur empreinte.
Le premier soin de Protis fut d’honorer celle qui l’avait encouragé à se rendre sur les bords du Lacydon, Artémis d’Ephèse (à qui il éleva un temple sur la butte des Moulins ) et Apollon Dauphin qui eut son autel face à la mer. Sous la double protection de la lune et du soleil, Massalia ne cessa alors de prospérer.

Artémis d’Ephèse était une déesse de la terre, une déesse chtonienne, déesse des profondeurs, une vierge noire souvent façonnée en bronze. C’était aussi une déesse mère (une « bonne mère ») pourvue d’une poitrine hérissée de seins multiples (certains parlent d’œufs) et d’une tunique chargée de lions, de cerfs et de taureaux. Elle contenait en elle tous les symboles de la fertilité mais aussi de la protection puisqu’elle était bien avant Marthe et Marie-Madeleine une tueuse de monstres.
La légende dit que Marie-Madeleine accompagna Lazare à Marseille en quittant Marie Jacobée et Marie Salomé . Elle dit même sur le vieux port qu’elle accosta directement du côté de l’ancienne Major aux rivages du village du Panier. Elle se réfugia avec Lazare et les premiers chrétiens dans la grotte où, selon la tradition, les restes de Saint Victor et de ses compagnons avaient été déposés par un ange après leur supplice. Marie-Madeleine avait voué sa vie à l’amour divin. Elle commença de porter la bonne parole aux Massaliotes avant de préférer la contemplation et de partir vers la Sainte Baume. Un tableau de la fin du XVe siècle conservé à la Cathédrale de la Major la représente en costume contemporain en train de prêcher sur le parvis d’un petit temple dédié à Diane d’Ephèse, un autre nom de la déesse aux seins multiples. C’est sur la grotte de Saint Victor que Cassien fonda au Ve siècle un monastère dont les fondations étaient donc posées sur la nécropole ; il devint l’abbaye de Saint Victor
C’est là qu’au début de 1973, lors de travaux de consolidation d’un des grands piliers de la nef, on « inventa » un sarcophage paléochrétien du Ve siècle dont la qualité des sculptures attira immédiatement l’attention des experts. Aujourd’hui exposé dans la nef, ce tombeau figure trois scènes tirées des Saintes Ecritures. Sous le couvercle du sarcophage soigneusement scellé au mortier de couleur rose, les archéologues découvrirent une momie noirâtre qui fut l’objet des analyses les plus sophistiquées. Ils furent stupéfaits d’apprendre qu’ils venaient de sortir d’un sommeil de quinze siècles une jeune femme de vingt ans mesurant environ 1.57m. Sur son corps embaumé au Ve siècle, bandé de lin, elle portait une tunique de soie posée mais non enfilée, très ornée et rehaussée de fils d’or. Ses épaules étaient couvertes d’une cape, sa tête d’un voile. Une croix orientale ornait son front. Le sarcophage était par ailleurs jonché de fleurs. Il y a quinze siècles, une chrétienne d’orient reposait dans la paix aux côtés des gallo- romains de Marseille.
Belle leçon de fraternité.
A Saint Victor, le Vierge Noire renaît tous les ans au soleil levant
Revêtir d’un manteau vert Notre Dame de Confession à la Chandeleur
Marseille est vouée à la Vierge. Celle-ci y est vénérée dans différents lieux par les chrétiens bien sûr mais aussi par les musulmans. Il y eut trois Vierges noires à Marseille dont une seule subsiste, Notre Dame de Confession, dont la statue trône dans la crypte de Saint Victor. Cette Bonne Mère Noire, appelée aussi Notre Dame du Feu Nouveau est une petite statue du XIIIe siècle, en bois creux, du noyer foncé, sur lequel on aperçoit encore l’antique polychromie, dont la tunique parsemée d’étoiles d’or de la Vierge. Elle est assise, couronnée, tenant l’enfant Jésus bénissant sur son genou gauche. Celui-ci, cheveux crépus et yeux bridés, tient le globe terrestre dans sa main gauche serré contre lui tandis que de sa main droite qui n’a que quatre doigts il lève le second pour montrer le ciel. Il se dégage de cette posture hiératique une sorte de tendresse immédiatement sensible. Elle donne lieu tous les ans à une vénération particulière lors de l’octave de la Chandeleur, office magique auquel tout Marseillais se doit d’aller pour rendre hommage tant à ses origines qu’à la déesse-mère, mère de Dieu.
Il faut d’abord se pénétrer de l’ambiance des cryptes romanes englobant les ruines de l’édifice du Ve siècle où se sont réfugiés les premiers chrétiens. Il s’agit là d’une véritable église souterraine aux salles basses et voûtées, à l’atmosphère humide, creusées d’excavations dans lesquelles on aperçoit des vestiges de sarcophages.

« La crypte est une église souterraine et non pas comme ailleurs une cellule. Elle a sa nef et ses bas cotés. La Vierge Noire y habite. On descend dans ce souterrain sur les pas de l’angoisse. L’enfer des catacombes y est ouvert à la fois et caché. Dans le roc qui suinte et qui a le ton vert des os moisis, des cellules sont béantes, pleines de ténèbres, les vies qui furent. Il y en a une où Lazare a vécu, le mort revenu à la vie et qui dut faire retour à la mort… Devenu lépreux, longtemps il a médité sur la misère d’être sauvé ».
En entrant l’étrange chapiteau asymétrique de la colonne de Saint Lazare accueille le pèlerin intimidé qui découvrira le fragment de fresque du bœuf brun sur fond turquoise, le sarcophage dit des « quatre des sept dormants d’Ephèse »,le sarcophage dit « des Saints Innocents », réemploi tardif des œuvres funéraires de la période païenne. La pénombre aidant et les ombres portées sur les chapiteaux naïfs et les stèles funéraires donnent un peu la chair de poule tout en offrant un espace d’intimité curieusement rassurant. Descendre dans la crypte de Saint Victor est un moment magique où tout disparaît autour de soi dans une rencontre unique avec Notre Dame de Confession.
“ Eglise nue, église brûlante, église où sur les lèvres des cierges, la prière vit. La prière est le fruit de toutes les douleurs. .. Un reste de jour tout là-haut anime la lutte de la voûte en ogive contre la voûte en berceau. En biseau d’éclair, une lueur descend d’une fenêtre sur l’autel. ”André Suarès
Cinq heures du matin, jour de la Chandeleur. Dans la nuit de toutes parts convergent les groupes de chrétiens, flambeaux à la main vers Notre dame de Confession. Les pêcheurs, les corps de métier ne sont pas en reste, les jeunes non plus qui participent très fidèlement à cette cérémonie. La nef est pleine et résonne depuis longtemps des chants et des prières. En bas dans la crypte, seuls les prêtres et les diacres de Marseille ont accès ainsi que les porteurs qui veillent sur la toilette de Notre Dame. Car c’est dans un manteau vert brodé d’une inscription rouge et or - que Notre Dame de Confession accueillera le soleil levant en regardant la mer. Les cierges que les fidèles allumeront seront aussi verts que l’espérance qui naîtra alors en leurs cœurs.
Car, dans les pays de désert où est née la religion chrétienne le vert de l’oasis symbolisait mieux qu’en nos contrées tempérées l’espérance, vertu théologale, lumière au bout du chemin. Couleur médiane entre chaud et froid, entre haut en bas, le vert colore chez les musulmans le manteau de l’envoyé de Dieu sous lequel ses descendants venaient se réfugier à l’heure du danger, comme les Marseillais viennent se réfugier auprès de Marie. Vert, couleur d’immortalité des rameaux, couleur mystérieuse associée au rouge et au feu, couleur chthonienne, couleur alchimique, « la déesse indienne de la matière philosophale qui naît de la mer de lait a le corps vert »nous dit Fulcanelli qui hanta les rues de Marseille. Le graal a t-on dit serait de couleur verte. Voyez comme peut nous entraîner loin un simple manteau rituel. Il faut savoir aussi que les abbés de Saint Victor avaient obtenu du roi de sceller leurs actes avec de la cire verte car la Vierge Marie était Chancelière de l’abbaye.

Revêtue de sa chape d’espérance, vierge de la terre, vierge mère, Notre Dame de Confession est portée à dos d’hommes dans la nef, accompagnée par tout le clergé de la cité phocéenne sur le parvis pour saluer la ville au petit matin. Puis après avoir voyagé dans l’église, elle sera présentée à la vénération de tous pendant huit jours avant de regagner la terre d’où elle vient. Dans la voix et les yeux de chacun ce matin là, il y a un peu plus d’émotion et un peu plus de lumière. On fait bénir le cierge en l’appliquant à la base du cou de la belle statue puis on s’en va acheter les « navettes » au « Four des navettes », ces pâtisseries bénies par Monseigneur Panafieu, elles aussi en forme de petites barques rappelant la barque mystique sans voile, sans rames, ni gouvernail, confiante en la Providence venue accoster sur les rives de Camargue.

De la vierge exotérique à la vierge ésotérique, suivre un chemin de lumière en visitant Marseille
Je vous propose de monter d’abord sur la colline. Vous y verrez le panorama unique sur la ville et sur la mer, aux couleurs variées selon l’heure de la journée, parfois insupportable de blancheur ; « l’air blanc est de pierre ; de pierre blanche est la ville » On monte à la Bonne Mère comme on monte à un sommet, en suant. Le mérite n’en est que plus grand. Car

« Notre Dame de la Garde est un mât ; elle oscille sur sa quille. Elle va prendre son envol. La basilique a la Vierge qui lui sert de huppe »
André Suarès le sait bien qui a hanté ces lieux levés. Œuvre d’Espérandieu, la statue de la Bonne Mère fut exécutée en 1869 dans un procédé nouveau, le cuivre galvanoplastique. Dorée à la feuille, elle est montée sur une charpente évidée puisqu’on peut accéder par un escalier intérieur jusqu’au yeux de la Vierge ; quel privilège pour celui qui a placé le dernier élément !
A l’intérieur de la basilique, une ambiance baroque marquée surtout par les très nombreux ex-voto qui couvrent entièrement les bas côtés de la cathédrale ; peintures, mosaïques, plaques de marbres, simples inscriptions anonymes ou récit imagé d’un événement douloureux, tout est là de la ferveur des Marseillais pour la Bonne Mère qui les a sauvés ou protégés. Tout est là jusqu’aux maquettes de bateaux qui descendent du plafond de la nef par demi-douzaines sur un même fil. La visite de la basilique est un voyage dans la foi quotidienne du Provençal.
Commence alors un pèlerinage en plusieurs stations sur tous les points spirituellement importants de la ville permettant de descendre en nous-mêmes. On prendra les escaliers au niveau du petit parc et on contournera la basilique pour rejoindre la rue Saint François d’Assise puis par la Rue Hesus, les degrés St Luc, la rue Christophe Colomb, la rue Notre Dame des Anges puis en passant par “ Gratte semelle ” on rejoint la rue « Paradis ». C’est à cet endroit béni des dieux qu’on choisira entre le grand périple et le petit qui se cantonne au centre ville.
Si l’on choisit le premier, on s’avancera jusqu’au second Prado (qui va de la mer au stade Vélodrome). Là, on pourra tourner à droite pour rejoindre la mer et la statue du « David », qui se situe aujourd’hui à l’emplacement même de l’ancien couvent Notre Dame de l’Huveaune où l’on honorait l’une des trois vierges noires de Marseille. On y goûtera une vue magnifique sur la rade que l’on prolongera éventuellement par une longue balade sur la corniche avant de remonter ce « second prado » en suivant la promenade de « Caramantran » au XIXe siècle, l’effigie que les Marseillais avaient la curieuse coutume de promener le mercredi des cendres pour célébrer le carême.
On prendra à droite rue de Mazargues jusqu’à l’église désaffectée de Sainte Anne et l’obélisque de Mazargues posé au beau milieu de la place et de l’ancien village de pêcheurs: c’est là qu’on s’ancre pour mieux se rectifier avant de cheminer dans les lieux aux noms très parlants des « villages » de ce qui fut il n’y a pas si longtemps la campagne de Marseille. C’est ainsi que l’on découvrira la petite chapelle du Redon solidement plantée sur son piton qui mérite absolument le détour parce qu’elle offre un autre beau panorama sur la ville. Puis par l’avenue du Redon, du Cabot, l’ancien chemin de Cassis encore très pittoresque, on prendra le chemin du vallon de Toulouse qui se perd dans les collines où nous marcherons pour nous ressourcer.
« Les chemins qui se perdent sont ceux où l’on se découvre ».
Par les avenues Paul Claudel, François Mauriac, Romain Rolland, nous irons jusqu’aux Trinitaires, réminiscence de l’ordre fondé au XIIe siècle adonné à la rédemption des captifs avec l’aide de « Notre Dame de Bon Secours » mais dont une partie fit dissidence au XVIIe siècle sous le nom de « Trinitaires déchaussés ». Avenue Laetitia, nous retrouverons la joie nécessaire sur le chemin, nous suivrons l’Huveaune jusqu’à la rue des Forges et par le boulevard Saint Jean jusqu’à l’église Saint Laurent purifié par le feu. On passera alors sous l’autoroute par l’avenue Benjamin , croisant ainsi la Voie Royale - sans la prendre- pour aborder la traversée du désert.
"Traverser le désert" du cimetière Saint-Pierre
En effet le cimetière Saint Pierre est là devant nous que l’on parcourra d’ouest en est. Il faut consacrer presque une journée à ce lieu qui s’étend sur 62 hectares, actuellement encore en cours d’agrandissement. Numéroté de la façon la plus anarchique qui soit, ce labyrinthe est rempli de symboles qu’il faut prendre le temps de découvrir. Sachez que le mot « pinède » désigne les carrés les mieux situés où la concentration de grands noms et de tombeaux remarquables est la plus forte. C’est aussi un lieu de promenade très agréable. Citons ceux qui habitent désormais ce champ de repos; le gendre de Vincent Scotto Alibert qui popularisa les mélodies de son grand père, les peintres Ambrogiani et Monticelli, Anthonin Artaud écrivain et acteur inoubliable dans le napoléon d’Abel Gance, le félibre Louis Astruc, l’as du demi-fond Jean Bouin ainsi que les footballeurs Georges Rao et Gunnar Andersson (de l’OM) le tombeau Bozadjian sorte de dolmen contemporain où les piliers sont des allégories des désirs et des illusions humaines, Gaston Defferre, maire de Marseille, le boxeur Ray Grassi, le compositeur aveugle Charles Humel dont l’épitaphe proclame :
« Vaincre la nuit pour triompher des jours »
Rellys, Edmond Rostand, André Roussin, Vincent Scotto qui laissa plus de 4000 chansons portant l’estampille marseillaise, Gaëtan Zampa. Des espaces sont particulièrement beaux comme le carré israélite, le jardin d’où l’on domine tout le cimetière sud, la Cathédrale du Silence, monstrueux columbarium de huit étages, le carré musulman et la fosse commune, dernière étape nécessaire avant de rejoindre le minuscule village perché de Saint-Jean-du-Désert et sa chapelle qu’il ne faut pas manquer de visiter ; ici on se souviendra des faïenceries qui y furent dirigées au XVIIe siècle par un descendant de faïencier de Moustiers Joseph Clérissy. On aura une pensée pour les ravages causés par la grande peste de 1720 pendant laquelle s’illustra « M. Le chevalier Jean Pierre de Moutiés qui, de concert avec Mgr de Belsunce et ses collègues les échevins Estelle Dieudé et Audimar se dévoua pour ses concitoyens » comme le rappelle sa pierre tombale.
Au village de Saint Barnabé, faire preuve de compassion
Puis le village de Saint-Barnabé, habité dès l’antiquité romaine, fut la résidence secondaire des évêques de Marseille qui y avaient leur bastide. Le « Couvent de la Compassion » y sera une halte de miséricorde avant le « Montolivet » (Le mont des Oliviers). A Saint Just, très vieux village dont l’existence est attesté dès le XIe siècle par le cartulaire de Saint Victor, on travaillera sur la notion de justesse et on signera un pacte avec Dieu aux « Chartreux » ; on s’arrêtera à l’église des Chartreux chargée d’histoire pour admirer la statue en marbre blanc de la Vierge portant l’enfant « Notre Dame du Rosaire » où la Vierge a les traits de la reine Marie-Antoinette et l’Enfant celui du Dauphin, ce qui nous permet de faire un clin d’oeil à l’Histoire et à la légende du château d’If très connue des Marseillais. Sachant que les destin des rois est parfois tragique, on traversera les épreuves comme autant de chances de se dépasser à « Malpassé » et aux « Chutes Lavie ». Le parc Longchamp – autour du palais Longchamp, ce monumental château d’eau dessiné dans la pierre, point d’aboutissement du canal dans la ville construit en 1849 abritant le musée d’histoire naturelle, est un autre labyrinthe où l’on renoue avec la vie et l’enfance pour mieux changer son regard.
Des Réformés à la Canebière
Puis on descendra le boulevard Longchamp jusqu’aux Réformés ; l’église Saint Vincent de Paul édifiée sur l’ancien couvent des Augustins réformés est remarquable par son ampleur autant que par sa façade néogothique. Elle invite à la réforme de soi-même.

On continuera par la « Canebière » ( du provençal "canabe" : espace voué au chanvre). La plus célèbre avenue de Marseille, en cours de rénovation mais qui a beaucoup perdu de sa superbe, nous rappelle le symbole de la corde où les fils de chanvre se tressent ensemble ; en permettant au maître d’oeuvre de tracer le plan et de délimiter l’espace sacré, elle est aussi symbole d’unité et de fraternité. Voilà bien un mot clé quand on aborde les dernières étapes du cheminement dans Marseille.
On bifurque sur la droite pour se perdre dans le dédale des rues des Dominicaines, des Petites Maries, des Capucines, dans une démarche de purification acceptée et corrigée en montant les escaliers permettant de rejoindre la petite église des Grands-Carmes conservée dans son état du XVIIe siècle. Nous entrons là au cœur de la vieille ville, où, les premiers ordres religieux installés dans la cité phocéenne hébergeaient les métiers et leurs confréries (« tommiers » ou bergers aux Grands Carmes, « fourniers » ou boulangers aux Augustins, « baigneurs, étuvistes et perruquiers » aux Récollets s’occupant de la propreté du corps voisinaient avec la Cour des Miracles de la rue de la Grande Echelle…). Quinze moulins abritaient encore de leurs ailes en 1596 ce quartier du « Panier ».
Aujourd’hui en pleine rénovation, il offre le visage souriant de ses habitants et de ses placettes à votre humeur vagabonde. Vous y déambulerez avec plaisir en faisant un détour appuyé par l’hospice de la « Vieille Charité » où se situent désormais le musée archéologique et un centre culturel incontournable. Vous siroterez une tasse de thé à l’enseigne de « l’art et les thés» devant l’exposition permanente d’une œuvre photographique de Jacky Halter d’une sobre beauté. A la manière de Soulages, il s’agit d’une recherche sur la lumière dans le contraste du noir au blanc. Elle fixe le chemin du soleil de cinq en cinq minutes sur l’une des voûtes de la cour de l’hospice de son lever à son coucher, créant ainsi un chemin de lumière de 175 photographies noir et blanc, clin d’œil aux 175 arcades de la Vieille Charité.
De l'ancienne à la nouvelle major
Ainsi préparé à la pureté des lignes, le pélerin descend jusqu’à la cathédrale de La Major construite au XIXe siècle en style byzantin. Bien qu’elle ne soit plus visitable que sur autorisation des Monuments Historiques qui viennent d’en terminer la restauration, c’est à l’ancienne Major que nous nous intéresserons. Construite sur le rivage de la Méditerranée à partir de 381 autour d’un vaste baptistère, c’est l’un des plus beaux édifices romans de Provence. D’un style très épuré, elle a subi de nombreux remaniements, en particulier l’amputation de deux de ses nefs pour construire la Nouvelle Major. Cette toute première église qui présente aujourd’hui la particularité d’être à moitié enterrée serait le berceau de la foi chrétienne. Au Xe siècle, elle était nommée Notre Dame de l’Antique Siège, c’est à dire la cathédrale des premiers évêques de Marseille, contestant alors la primatie de Saint Victor dont on sait par ailleurs l’immense rayonnement tant spirituel que temporel dans la région.

On chemine enfin par la rue « Fontaine des Vents » et la rue « Fonderie Vieille » par la « montée des Accoules » jusqu’à l’église du même nom ( probablement de accourres ou anchoras; ancres déposées là en ex-voto) où l’on priera Notre Dame du Bon Secours (ou « des Saucisses » du nom des patés et saucisses offerts naguère par les enfants lors de la fête du 21 novembre) de porter secours aux condamnés à mort et aux hérétiques. Du reste l’un des curés des Accoules, l’abbé Gaufridy, fut le héros de la plus célèbre affaire de sorcellerie de la région, ce qui lui valut de mourir sur l’échafaud en 1611.
En redescendant la rue Daviel jusqu’au quai, on fait un détour sur la gauche par le « Jardin des vestiges » (au pied du Centre Bourse et du musée d’histoire) où sont aménagés les restes du premier port de la ville, on se rafraîchit à la terrasse de « La Samaritaine », rendez-vous des Marseillais de souche qui y lèvent le coude en saluant Notre Dame de la Garde puis on traverse le vieux port grâce au bac, le très célèbre « ferry-boat », pour un nouveau baptême. Fort de sa foi, le pèlerin monte alors la rue « Fort Notre Dame » pour aborder la « rue Sainte » et finir son cheminement par Saint Victor qui abrite la vierge ésotérique. Comme un retour vers l’unité intérieure et primordiale de la terre, la Vierge noire sous l’égide de Saint Victor nous aide à terrasser notre dragon intérieur pour allumer l’étincelle divine qui est en chacun de nous.
Le périple dans le Vieux Marseille bifurque rue Paradis vers la rue Saint Sébastien et chemine aussi précisément suivant le même principe et le même symbolisme à partir de la place Castellane en passant par Saint Jean Baptiste, Notre Dame du Mont, redescendant vers Saint Nicolas, l’ancien quartier de la préfecture, la Sainte Trinité, la rue Estelle, remontant les degrés de la rue Bedarrides (où se trouve la Mère –Loge écossaise), la rue des Trois Mages, faisant le tour de « la Plaine », la rue Barthélémy et la chapelle du Sacré-Cœur jusqu’aux Réformés où il rejoint le grand périple.
Le Chemin vers le Centre
C'est ainsi que nous ferons le chemin vers le centre, l'être intérieur avant de retourner vers l'extérieur pour rayonner et regarder la mer et la ville depuis « le Pharo » lumière ultime de Marseille, porte de l’Orient et de notre orient intérieur. Car, par ce périple, nous découvrirons un autre Marseille, un Marseille profondément religieux attaché à ses traditions et dont l’histoire chaotique et souvent rebelle a toujours choisi, même dans ses excès, la qualité de l’homme.
Au « Pharo » nous ferons ainsi véritablement symbole, réalisant l'unité en nous, œuvre unitaire qui est aussi la fonction même de Marseille, fondée sous l'égide de l'union de l'homme et de la femme (dans le mariage de Protis et de la fille de Nann), des principes masculin et féminin, du feu et de l'eau (dans le rite de la Chandeleur).
“ Voici les coupées de mes bateaux. Gravissez-les. Je vous ferai voir toutes les couleurs de la lumière.
Vous contemplerez de nouveaux signes dans le ciel et de nouveaux fruits sur la terre.
Montez !Montez !
Je vous emmènerai de race en race. Vous verrez tous les Orients – le proche, le grand, l’extrême. Je vous montrerai les hommes de différentes peaux,
le brun, le noir, le mordoré, le jaune,
nus en Afrique, en chemise aux Indes, en robe en Chine
et marchant sur de petits bancs
au pays du Soleil levant. ”
Albert Londres
Laurence Fritsch-Ory
Crédits photographiques:
Artémis d'Ephèse, Musée du Vieux Marseille
Extraits du livre de Jean Boissieu et Eric Arrouas,
"Saint Victor, une ville une abbaye",
Editions Jeanna Laffitte
les paysages sont extraits des sites suivants:
photos-de-ville.com,
marseillemaville.free.fr, site de Stephen Boissière,
et photos de l'auteur