L’Allemagne dans la guerre froide

Définition Guerre froide : lutte idéologique entre les deux grands blocs, d’un côté le bloc des USA et ses alliés et celui de l’URSS et ses satellites.

L’Allemagne située en Europe est un enjeu géostratégique fondamental à la fin de la 2nde Guerre mondiale car elle représente la puissance nazie vaincue, elle se situe au centre du continent européen : celui qui la domine territorialement et idéologiquement domine l’Europe.

Problématique :

En quoi l’Allemagne est-elle emblématique des enjeux et de l’évolution de la guerre froide sur le sol européen ?

 

I L’Allemagne prétexte de la guerre froide et moyen d’affirmation de la puissance nourricière états-unienne

 

A prétexte :

Télégramme de Churchill à Roosevelt le 12 mai 1945; le « rideau de fer » sépare l’Europe

Le tournant de 1947 Des doctrines qui s’opposent Le « containment » du président Truman, le plan Marshall et « les deux camps » de Jdanov

B  Amérique sauve Berlin-Ouest de la famine

Les quatre zones d’occupation décidées à Yalta (février 1945) et mises en place à Postdam (17 juillet 1945)

La réforme monétaire et la création de la « trizone »

Le blocus de Berlin-ouest par Staline: Le « pont aérien » et le changement de statut des Américains en Allemagne qui passent de celui d’occupants à celui de sauveurs

Conséquence ; création de deux Etats en 1949  (RFA 23 mai 1949 //  RDA 7 octobre 1949)

 

II l’Allemagne emblématique de deux modèles idéologiques qui s’opposent

 

A La RFA incarne la modèle capitaliste ; Konrad Adenauer chancelier  de 1949  à 1963, Loi fondamentale toujours en vigueur, adhère à l’OTAN, économie sociale de marche de Ludwig Erhard (« Miracle économique » des Trente Glorieuses

B La RDA incarne le modèle socialiste : Wilhelm Pieck puis Walter Ulbricht puis Erich Honecker (1976-1989)  espionnage des opposants par la  Stasi, embrigadement de la jeunesse dans la FDJ, propagande et diabolisation de l’ennemi, planification de l’économie et des salaires, dopage et création d’une équipe olympique propre à partir de 1968. Elle adhère au pacte de Varsovie

17 juin 1953 Grande grève des ouvriers de RDA contre l’augmentation des cadences de travail : se répand dans toutes les villes de RDA. Exode massif de la main d’œuvre qualifiée vers RFA

 

C 12 au 13 aout 1961 : construction du mur de Berlin dans la nuit (Walter Ulbricht président du Conseil d’Etat en 1960) =  l’incarnation du rideau de fer est une frontière d’Etat (passivité des états occidentaux qui préfèrent un mur à une guerre). Début d’une vie différente pour les Berlinois (familles séparées, etc)

 

III D’une Allemagne plurielle reconnue par tous à l’Allemagne réunifiée. 

A 12 août 1970 traité de Moscou entre la RFA et l'Union soviétique. A travers ce traité, les deux États reconnaissent le statu quo des frontières de 1945 en Europe et l'inviolabilité de la ligne Oder-Neisse. Puis accord quadripartite sur le règlement du statut de Berlin (Traité sur la Circulation)

Le traité fondamental de reconnaissance mutuelle entre la République fédérale d'Allemagne et la République démocratique allemande a été signé le 21 décembre 1972 à Berlin-Est. A  travers ce traité, les deux États allemands reconnaissent que la souveraineté de chacun se limite à leur propre territoire. Ceci met fin à l’idée que seule la RFA représentait l’Allemagne : la doctrine Hallstein. Les deux pays échangent des "représentants permanents" et conviennent de « relations normales de bon voisinage » ;

B Cette initiative s'inscrit dans l'Ostpolitik du chancelier allemand depuis 1969 Willy Brandt. Dès lors, de nombreux Etats reconnaissent la RDA, puis les deux Allemagnes sont admises à l’ONU en 1973. Les voyages entre les deux Allemagnes sont facilités, des familles commencent à se revoir quelques heures mais ceci entraine l’opposition en RFA qui refuse de voter les traités avec l’Est au Bundestag.

 

C Fuites, résistance et libération

Fuites massives de RDA durant l’été 1989. 6.000 citoyens d’Allemagne de l’Est se sont alors réfugiés à l’Ambassade de RFA à Prague. Par milliers, ils ont franchi la frontière austro-hongroise, ouverte depuis septembre 1989  aux émigrés de la RDA.

Simultanément, une vague de protestations s’élève aux cris de : "Nous sommes le peuple" (" Wir sind das Volk ").  Lors de ces manifestations, l’opposition interne à la RDA qui veut défendre les droits civiques exprime pour la première fois publiquement ses critiques et ses revendications. Les " manifestations du lundi " (Montagsdemonstrationen) à Leipzig en sont restées le symbole.

Ces deux facteurs font chanceler les structures de la RDA. De surcroît, on s’aperçoit rapidement que, cette fois-ci - contrairement à 1956 en Hongrie, 1968 à Prague ou 1980 en Pologne - l’Union soviétique de Mickaël Gorbatchev ne songe pas à réprimer les manifestations par la force. Sous la pression de la "révolution douce ", les dirigeants de la RDA démissionnent.

 

Chute du mur de Berlin : Le 9 novembre 1989, en début de soirée, Günter Schabowski – secrétaire du Comité central en charge des média en RDA – donna des indications tout d’abord peu claires, et comme incidemment, sur une nouvelle réglementation des voyages pour les citoyens de la RDA. Le SED réagissait ainsi à la pression exercée par les manifestants, particulièrement à Leipzig et à Berlin.

 

D Vers la réunification :

Premières élections libres de la Chambre du peuple en RDA, le 18 mars 1990,

Signature du Traité sur l’union monétaire, économique et sociale le 18 mai 1990

Signature du " Traité 2 + 4 sur le règlement final relatif à l’Allemagne  le 12 septembre 1990.

La nuit du 3 octobre 1990, des milliers de personnes peuvent célébrer la réunification, devant le bâtiment du Reichstag à Berlin. Date devenue la fête nationale. Fin de la Guerre froide en Allemagne

 

Conclusion : en 1995, une caricature représente Erich Honecker et Helmut Kohl avec à l place du nez un morceau de mur qui sépare leur tête en deux. Ils ne peuvent se rapprocher car les morceaux cassés du mur les empêchent de le faire : Signée Harald Kretzschmar, nommée « le mur dans la tête », cette caricature traduit le difficile  rapprochement entre les allemands de l’est et ceux de l’Ouest depuis 1990, problème qui subsiste encore aujourd’hui et s’exprime par la mode de « l’ostalgie » (la nostalgie de l’est).