Aix en Provence.
Ville d’eaux, ville d’arts.
Ville de parlementaires et d’universitaires.
Ville magique dans laquelle il faut prendre le temps de marcher, de pousser les portes des hôtels particuliers, de flâner sur le cours Mirabeau et d’y prendre un rafraîchissement, éventuellement à l’enseigne des “ 2 G ” (la brasserie des Deux Garçons) véritable rendez-vous. D’Aix, nous ne retiendrons ici que quelques lieux pour notre itinéraire spirituel sans que ce soit le moins du monde réducteur.
Au nord d’Aix dès que l’on a pris la voie rapide qui mène à Pertuis, sur la droite on trouve la route qui mène à l’oppidum d’Entremont
Entremont, un lieu d'histoire et de mémoire celto-ligure
Aix entre dans l’histoire sur les hauteurs d’Entremont dont l’oppidum, inquiétant pour Rome, est détruit par ses légions en 123 av. Jésus Christ.

Un an plus tard le proconsul Sextius y fonde un poste militaire non loin de sources d’eau chaude et froide, d’où est issu le nom de la ville Aquae Sextiae, “ Les eaux de Sextius ”. C’est grâce à ces thermes qu’Aix prendra un essor considérable. Vingt ans plus tard, les Teutons en marche depuis la Baltique sur l’Italie arrivent devant Aix en une longue colonne bigarrée puisqu’ils se déplacent avec leur famille et leurs bestiaux. Rudes guerriers, ils se battront vaillamment devant les cohortes de Marius retenues six jours pas sa Sibylle et qui triompheront le septième par une méthode d’encerclement. On dit que les femmes barbares retranchées derrière les chariots égorgèrent leurs enfants avant de se donner la mort. Du charnier de 3000 corps qui restèrent sans sépultures, naquit le nom du village de Pourrières. Du héros qui vainquit les hordes barbares dans cette “ Sainte Victoire ”, naquit la tradition provençale de donner pour prénom Marius à l’un des enfants de la famille.
"Le bon roi René"
La ville s’épanouit dès le XIIe siècle où les comtes de Provence y tiennent une cour raffinée:
Elle connaîtra son apogée sous le règne du “ bon roi René ” duc d’Anjou, un des esprits les plus complets de son temps, féru tant de latin, de grec, d’hébreu, de catalan que de mathématique, de géologie, de jurisprudence et de musique. Il fera revivre les traditions remettant en honneur les jeux de l’ancienne chevalerie, organisant les fêtes de la Tarasque, introduit le raisin muscat, frappe monnaie “ la parpaillotte ” de mauvais aloi, c’est à dire au titre légal peu intéressant. On sait l’avenir réservé à ce mot dans le langage péjoratif. Après avoir vécu deux mariages heureux, il meurt en philosophe à Aix en 1480 à l’âge de 72 ans. Siège du Parlement de Provence à partir de 1501, Aix est une ville animée, lettrée et riche où se côtoient, se fréquentent et se détestent nombre de personnages fort importants du moment qui bâtissent de somptueux hôtels pendant les deux siècles qui suivront. C’est par l’histoire d’un volcan, du scandaleux, du sulfureux tribun Mirabeau dont le rôle historique en tant que député du Tiers Etat n’est plus à démontrer que se termine l’histoire d’Aix malheureusement éclipsée par Marseille au dix-neuvième siècle et ravalée au rang de sous-préfecture. Aix en veut toujours à la citée phocéenne, qui le lui rend bien, Peuchère !
La ville des Eaux
Pour rester dans l’ambiance romaine, nous dirigerons nos pas d’abord vers les thermes Sextius . Pour cela on redescendra vers le centre ville par l’Avenue Pasteur – en faisant éventuellement un détour pour admirer l’ancienne Villa Grassi dont il reste quelques vestiges dans le groupe scolaire du même nom, puis on tournera à droite sur le boulevard Jean Jaurès puis à gauche dans la rue pour atteindre les thermes Sextius. Installés sur le site des anciens thermes romains, ils présentent encore les vestiges d’une piscine thermale visible à l’entrée. Les bâtiments actuels réunissent une architecture héritée du XVIIe siècle et des locaux ultramodernes abritant des installations sophistiquées adaptées aux exigences des patients qui suivent ici des cures d’hydrothérapie.
A l’image de la très sage maxime latine Mens sana in corpore sano (un esprit sain dans un corps sain), Aix nous invite à redécouvrir les bienfaits de l’eau. Nous ferons un détour par le feu de la foi et la lumière du soleil sur la montagne peinte par Cézanne avant de terminer cet itinéraire en nous ressourcer encore à l’eau bienfaisante des fontaines aixoises.
Nous prendrons donc la rue pour nous rendre à l’église Saint Sauveur Après cette première halte pour entrer en résonance avec Aix, je vous propose une deuxième étape- plus visitée et souvent plus agitée - la cathédrale Saint Sauveur qu’il faut accueillir dans sa diversité car elle ne cessa d’être remaniée du Ve siècle au XVIIIe siècle ce qui en fait un édifice un peu hétéroclite non dénué de charme.

Le cloître de l'Eglise Saint Sauveur
Etre baptisé comme les premiers chrétiens à l’église Saint Sauveur
Pour bien se pénétrer du lieu, il faut d’abord dépasser les dépôts lapidaires à l’entrée pour se rendre directement sur la droite dans le baptistère. D’époque mérovingienne – il est conçu suivant une structure octogonale ; huit colonnes hautes reprises d’antique, (six en marbre vert et deux en granit) se dressent vers un chapiteau corinthien. Le cercle intérieur, entouré d’un déambulatoire, est à peine éclairé par les œils-de-bœuf de la coupole reconstruite en 1577. Par la beauté de ses proportions, ce lieu se révèle d’emblée très émouvant. Le voyageur entre ici dans l’intimité d’un espace différent entièrement tendu vers le ciel. Au fur et à mesure que le regard se lève, il s’approche de la lumière très présente et très inaccessible à la fois pour celui ou celle que l’on baptise ici. Car au centre une cuve se tient qui nous rappelle qu’au Ve siècle, le baptême se fait par immersion complète de catéchumènes adultes aux vigiles de Pâques et de Pentecôte. Elle est également de forme octogonale : “ Huit est tout, parce que les sphères du monde qui tournent autour de la terre sont au nombre de huit ” disait Timothée. Il est tout à fait curieux de constater que les fonts baptismaux des églises chrétiennes ont toujours revêtu une forme octogonale dès les premiers siècles et tout particulièrement aux XIVe et XVe siècles. Les Pères de l’Eglise regardaient le nombre huit comme le symbole de la régénération pour Saint Ambroise et de la résurrection glorieuse pour Saint Augustin. Ce dernier prétend que le passage du sept au huit indique le passage de l’ancienne loi à la nouvelle qui déclare ouvrir à l’homme les portes du ciel (Epist. LVI). Après les sept jours de la création, le huitième jour est celui de la nouvelle création, le baptisé étant “ plongé ” (c’est le sens du mot baptême) dans la mort du Christ pour ressusciter avec lui à une vie nouvelle lorsqu’il remonte de la piscine baptismale. De fait on retrouve le nombre huit dans les huit béatitudes du Sermon sur la Montagne où Jésus déclare bienheureux huit catégories d’hommes. Mais aussi dans nombre de traditions philosophiques telles que l’hindouisme et le yoga – comportant huit stages pour parvenir au samadhi -, le bouddhisme – dans l’Octuple sentier , voie en huit points pour parvenir à l’éveil ou dans les huit vœux de sainteté des disciples du Bouddha-, la Kabbale – il y avait au Temple de Jérusalem huit portes dont la huitième ne devait s’ouvrir que pour le Messie –, ou encore la franc-maçonnerie - la pierre cubique présentant huit sommets relié entre eux par une forme de chaîne de solidarité. Parce qu’il permet de dépasser l’équilibre initial entre monde créé et monde divin du sénaire puis d’accomplir l’évolution et l’intégration aux lois de l’univers comprise dans le septénaire, l’octonaire exprime une première libération, la libération karmique avant la réintégration finale dans l’Unité du nombre dix.
Etre baptisé, c’est donc entrer dans “ la communion des saints ”. Le huit, “ c’est l’équilibre universel de la Justice dans l’ordre éternel ” Charrot, Voile d’Isis.
Brûler du feu ardent de la foi
Une fois que nous nous sommes libérés par cette méditation rapide sur les bienfaits cachés de la géométrie sacrée du huit, nous continuerons notre marche de pèlerin en déambulant dans le cloître roman de la fin du XIIe siècle. C’est une impression de légèreté qui se dégage de ces galeries ouvertes par de petits arcs en plein cintre soutenus par des colonnettes - torses, cannelées , droites ou à décor végétal - géminées en marbre. Il est très proche tant par la structure que par l’ iconographie de celui de Saint Trophime d’Arles. Libéré par cette marche dans un lieu aérien, nous serons plus disponibles pour apprécier le plan de l’église, particulièrement de la nef Notre Dame de l’Espérance, et pour contempler les merveilles cachées de l’église. Parmi celles-ci, on notera justement le très célèbre triptyque du Buisson ardent, l’un des plus belles œuvres de Nicolas Froment (v.1425, v. 1484) et les vantaux sculptés du portail renaissance qui ne sont visibles que sur demande auprès du gardien de la cathédrale.

Dans ce superbe retable terminé vers 1476, on reconnaît les donateurs, le roi René en habit de chanoine (en compagnie de saint Antoine, saint Maurice et sainte Madeleine) et la reine Jeanne (auprès de saint Jean, saint Nicolas, et sainte Catherine) tous deux en prière devant l’apparition de la Vierge Marie portant l’enfant Jésus et siégeant dans un buisson ardent. Ce buisson dans lequel Dieu apparut à Moïse et qui ne se consume jamais (Exode 3.2). Symbole de la présence divine, il est aussi une métaphore pour exprimer la virginité de Marie, fécondée par le souffle divin, Mère de Dieu, manifestant Sa présence, Son brûlant amour et Sa révélation. Symbole de la flamme de la foi qui ne s’éteint jamais au cœur de chacun. A condition cependant de l’entretenir avec vigilance et persévérance par l’oraison et la méditation sur les Ecritures, de quelque religion qu’elles soient d’ailleurs. Une vieille coutume provençale est liée au repas de Noël, plus connu pour ses treize desserts qui voulait qu’à la fin du repas on présentât à chaque convive des charbons ardents près de son assiette « il fallait les chasser vivement d’un coup d’ongle. On voyait dans ce rite le symbole de la pureté de la Vierge qui fut impénétrable au feu de la concupiscence représenté par ces charbons ». Chef d’œuvre du grand style provençal dans sa forme la plus accomplie, ce retable parfaitement composé ne peut faire oublier le style flamand qui inspira le peintre, particulièrement dans l’utilisation des couleurs, le soin apporté au détail et la présence du paysage à l’arrière plan. On ne se lasse pas de contempler cette merveille de l’art comme on ne se lassera pas de contempler le triptyque de l’Annonciation à l’église Sainte Madeleine.
Recevoir la parole à l’église de la Madeleine
Cette église de style baroque est plus remarquable pour ses merveilles artistiques que pour son architecture. Le triptyque de l’Annonciation, de style très original pour son époque, est resté anonyme. Mais si le maître de l’Annonciation a tu son nom, il ne peut cacher sa grande connaissance des œuvres flamandes de Jan van Eyck et du Maître de Flemalle. Ici, nous entrons au cœur du mystère marial. Le tableau est chargé de symboles. On notera en particulier le minuscule bébé plongeant vers Marie dans les rais de lumière traversant la rosace. Mais il est surtout remarquable par l’art avec lequel le peintre utilise la lumière chaude pour sculpter les volumes. Marie est au cœur de cette lumière et de cette chaleur. Les ombres jouent sur les piliers de la double nef derrière elle. L’œil s’habitue ensuite à la pénombre de l’arrière plan et pénètre dans le volume. Une bien belle œuvre que l’on abandonnera à regret pour admirer une statue en bois peint de la Vierge à l’Enfant, émouvante dans sa simplicité et la rusticité des traits des visages.
Saint Jean de Malte et le musée Granet
Premier édifice gothique d’Aix construit au XIIIe siècle. Il s’agit de la chapelle de l’ancien prieuré des Chevaliers de Malte. Le voyageur est séduit par la simplicité élégante de la nef, toute en gothique rayonnant avec ses grandes arcades, ses fenêtres hautes et ses belles voûtes s’ouvrant comme des fleurs en six parties. Même simplicité – on pourrait même parler de sévérité – pour la façade à la gauche de laquelle s’élève un clocher de 67 mètres de hauteur.
Suivre l’itinéraire des fontaines bleues (à compléter)
“ Aix, un aveugle croit qu’il pleut mais, s’il pouvait voir sans sa canne, il verrait cent fontaines bleues chanter la louange de Cézanne ” Jean Cocteau
Aix est une ville pleine de richesses architecturales et artistiques. Ce n’est pas le lieu ici de les énumérer mais on ne peut quitter ce lieu charmant sans un hommage appuyé à ses fontaines. Car la ville ne cesse, dans cette Provence asséchée par les vents, de célébrer l’eau qui fit jadis sa richesse.

Elles sont bien au nombre de quarante, ces fontaines qui crachent l’eau par des mufles de pierre ou des tuyaux de bronze.

De plus en plus travaillées par les artistes qui les signent, elles témoignent de leur époque ; fontaine de pierre Espélupe,
fontaine des Quatre Dauphins sculptée en 1667 par Jean Claude Rambot,

immense fontaine de la Rotonde en bas du cours Mirabeau première fontaine jamais réalisée en fonte.

Marcher sur les traces de la lumière dans les pas de Cézanne
Cézanne. Le nom est lâché du peintre qui immortalisa la ville et sa montagne sacrée, la Sainte Victoire. L’enfant du pays né à Aix en Provence en 1839 fait ses études au collège Bourbon où il se lie d’amitié avec Emile Zola. Pour répondre au désir de son père, il s’inscrit à la faculté de droit tout en revenant souvent dans la grande demeure du Jas de Bouffan acquise par ses parents dans ce qui est en ce temps là la campagne des environs d’Aix. “ Monté à Paris ” pour peindre et, si possible, gagner la célébrité, il s’essaye aux côtés de Monet, Sisley, Pissarro. Son art y gagne en maîtrise car il s’émancipe vite et se libère de l’école impressionniste, sa palette y gagne en lumière et en vigueur. Revenu en 1870 à l’Estaque où il installe son atelier, il peint et repeint les mêmes paysages ; le Jas de Bouffan, la Sainte Victoire, Château Noir, la bastide à cyprès unique qui domine le plateau de Bibemus et ses carrières, enfin la campagne aixoise, affinant toujours plus sa technique, synthétisant toujours plus la forme, simplifiant les volumes, travaillant les jeux de lumière dans la couleur .“ Là je suis bien, je vois clair, il y a de l’air ” confie t-il à Gustave Coquiot.
Aix propose deux itinéraires dans la ville et dans la campagne sur les pas de Cézanne , itinéraires que l’on trouve à l’office de tourisme qui en est du reste le point de départ. En ville, “ Cézanne pas à pas ” est matérialisé sur la chaussée par des traces de pas qui accompagnent le visiteur de porte en porte, de place en place sur tous les lieux immortalisés par le peintre ; c’est là une façon originale de découvrir les richesses artistiques et touristiques de la ville.